Comment comprendre Matthieu 23:8-10 où Jésus dit qu’il ne faut pas appeler personne « père » sur la terre ?

C’est une excellente question qu’on m’a posée là. La réponse s’impose en regardant le contexte dans lequel Jésus a parlé. C’est un principe d’exégèse qu’il est important d’appliquer pour bien interpréter les Écritures.

Après avoir appelé le malheur sur les chefs religieux dans Matthieu 23:1-7 parce que ces rabbins ne mettaient pas en pratique ce qu’ils prêchaient ET qu’ils détournaient le peuple de la foi en Jésus, Jésus s’adresse ensuite au peuple d’Israël en leur disant de ne plus suivre ces rabbins qui les détournent de lui, le vrai rabbin, le seul qui mérite d’être suivi et qui peut donner la vie éternelle.

Matthieu 23:8-10 « Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. Et n’appelez personne sur la terre votre père; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. Ne vous faites pas appeler directeurs; car un seul est votre Directeur, le Christ. »  

Dans Matthieu 23, juste avant de se faire arrêter, Jésus s’en est pris aux chefs religieux de son époque qui aimaient se faire appeler « Rabbin » et faire baptiser leurs disciples en leur nom. Ses disciples les suivaient ensuite partout et buvaient leurs enseignements, ce qui faisaient d’eux des fils de la Géhenne deux fois pire qu’eux!

Matthieu 23:15 Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte; et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous.

Par exemple, Saul originaire de Tarse, avait été recruté pour être enseigné aux pieds du rabbin Gamaliel. Il était irréprochable au niveau de la loi mais destiné pour l’enfer quand même, étant persécuteur de chrétien et meurtrier! Quand Saul de Tarse a rencontré Jésus, il n’a plus appelé Gamaliel son rabbin, il a décidé de suivre Jésus comme rabbin. 

Actes 22:3 je suis Juif, né à Tarse en Cilicie; mais j’ai été élevé dans cette ville-ci, et instruit aux pieds de Gamaliel dans la connaissance exacte de la loi de nos pères, étant plein de zèle pour Dieu, comme vous l’êtes tous aujourd’hui.

Philippiens 3:5 moi, circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu né d’Hébreux; quant à la loi, pharisien; 6 quant au zèle, persécuteur de l’Eglise; irréprochable, à l’égard de la justice de la loi. 7 Mais ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ.

Maintenant, dans l’histoire de l’église, le contexte fut différent de celui dans lequel Jésus s’était adressé.

Remarquons d’abord que les mots originaux dans le grec pour « rabbin » et « maître » ne sont pas employés dans les épîtres pour désigner la relation entre un ministre de la parole et les saints dans l’église. Remarquons aussi d’ailleurs que le mot « disciple » qui leur est associé, n’est jamais employé non plus? Pourquoi? Simplement parce que ces termes ne représentaient plus très bien la réalité spirituelle de ceux qui plaçaient leur foi en Jésus, les termes de prédilection dans les épîtres sont « saints » et « frères », On retrouve aussi de temps en temps «chrétiens », « brebis », « fils/filles » ou «enfants », etc.

En parlant aux chrétiens, les apôtres emploient souvent le titre de «père» en parlant des hommes, ils ne le réservent pas à Dieu le Père de manière exclusive, comme Jésus l’avait dit à la foule juive.

Paul faisait remarquer aux chrétiens de Corinthe dans 1Corinthiens 4:15  Car, quand vous auriez dix mille maîtres en Christ, vous n’avez cependant pas plusieurs pères , puisque c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Evangile.

Paul considéraient aussi tous les chrétiens de Thessalonique comme ses enfants spirituels.

1Thessaloniciens 2:11  Vous savez aussi que nous avons été pour chacun de vous ce qu’un père est pour ses enfants, vous exhortant, vous consolant, vous conjurant

L’image du père spirituel revient aussi ailleurs quand il parle de Timothée aux chrétiens de Philippe.

Philippiens 2:22  Vous savez qu’il a été mis à l’épreuve, en se consacrant au service de l’Evangile avec moi, comme un enfant avec son père.

Les vieux chrétiens étaient considérés aussi comme des pères dans la foi par Paul et par Jean.

1Timothée 5:1  Ne réprimande pas rudement le vieillard, mais exhorte-le comme un père <3962>; exhorte les jeunes gens comme des frères,

1Jean 2:13  Je vous écris, pères, parce que vous avez connu celui qui est dès le commencement. Je vous écris, jeunes gens, parce que vous avez vaincu le malin. Je vous ai écrit, petits enfants, parce que vous avez connu le Père.

Les apôtres parlaient aussi de leurs ancêtres comme étant des pères pour eux.

Hébreux 12:9  D’ailleurs, puisque nos pères selon la chair nous ont châtiés, et que nous les avons respectés, ne devons-nous pas à bien plus forte raison nous soumettre au Père des esprits, pour avoir la vie?

Hébreux 8:9  Non comme l’alliance que je traitai avec leurs pères, Le jour où je les saisis par la main Pour les faire sortir du pays d’Egypte; Car ils n’ont pas persévéré dans mon alliance, Et moi aussi je ne me suis pas soucié d’eux, dit le Seigneur.

Romains 4:16  C’est pourquoi les héritiers le sont par la foi, pour que ce soit par grâce, afin que la promesse soit assurée à toute la postérité, non seulement à celle qui est sous la loi, mais aussi à celle qui a la foi d’Abraham, notre père à tous,

Jacques 2:21  Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les oeuvres, lorsqu’il offrit son fils Isaac sur l’autel?

2Pierre 3:4  et disant: Où est la promesse de son avènement? Car, depuis que les pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création.

Et enfin, les apôtres parlaient aussi des pères biologiques.

Colossiens 3:21  Pères, n’irritez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent.

Ephésiens 6:2  Honore ton père et ta mère c’est le premier commandement avec une promesse,

Ephésiens 6:4  Et vous, pères, n’irritez pas vos enfants, mais élevez-les en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur.

Alors on voit bien que les apôtres n’ont pas pris cette parole de Jésus dans son sens absolu, sinon ils n’auraient jamais osé utiliser le mot «père» pour parler de quelqu’un d’autre que Dieu le Père. Cela démontre bien les apôtres avaient compris ce commandement de Jésus en tenant compte du contexte religieux dans lequel Jésus l’avait prononcée pour mettre en garde la population juive au sujet des dirigeants religieux incrédules de son époque.

juillet 10, 2020

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