Tout est accompli, tetelestai en grec, mais qu’est-ce que Jean voulait faire passer comme message en citant Jésus ainsi ?

Jean 19:28 Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà accompli (teleô), dit, afin que l’Ecriture se réalise pleinement: «J’ai soif.» 29 Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en remplirent une éponge, la fixèrent à une branche d’hysope et l’approchèrent de sa bouche. 30 Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: «Tout est accompli. (teleô)» Puis il baissa la tête et rendit l’esprit.

Le verbe a le sens de terminer, achever quelque chose. Par exemple,

Matthieu 11:1 Lorsque Jésus eut achevé (teleô) de donner ses instructions à ses douze disciples, il partit de là, pour enseigner et prêcher dans les villes du pays.

On a fait grand état du fait que le verbe est au temps parfait, mais ce que les gens ignorent, c’est que l’évangile de Jean a une prédilection pour l’emploi du temps parfait dans son discours de narration, Luc c’était l’aoriste, Matthieu le présent et Marc l’imparfait. C’est ce que j’avais remarqué en comptant tous les temps de verbe dans le Nouveau Testament.

Ceux qui ne connaissent pas le style des auteurs insistent sur le fait que Jean emploie le verbe teleô au temps parfait tetelestai, mais cela n’est pas vraiment très significatif en soi. Même le sens du temps parfait est débattu par les érudits en grec. J’avais lu un livre de Stanley Porter, un professeur de grec qui démontrait avec plusieurs exemples que le temps parfait ne correspondait pas à une action avec effet continu comme on le comprenait généralement. Il sert plutôt à mettre l’emphase sur une action dans une phrase. Par exemple Jean 1:15 «Jean lui a rendu témoignage et s’est écrié», le premier verbe (marturei) est au présent et le deuxième verbe (kekragen) au parfait. Les deux verbes décrivent la même action, cela ne ferait aucun sens que le deuxième verbe décrive une action avec une durée continue mais pas le premier. Les érudits allemands ont appelé cela aktionsart. En mettant l’aspect temporel de côté, on en vient à la juste conclusion que l’apôtre Jean voulait souligner le fait que Jean-Baptiste s’était exclamé en témoignant.

On doit comprendre aussi que l’apôtre Jean veut attirer l’attention aux versets 28 et 30 de Jean 19 sur le fait que Jésus indique qu’il avait terminé d’accomplir toutes les prophéties concernant sa première venue, la seule qui restait étant de demander à boire, ce qu’il fit. Il put ensuite expirer et aller prêcher sa victoire dans le séjour des morts et en ramener tous les captifs croyants avec lui au ciel. L’emploi du temps parfait n’indiquait pas en soi que l’accomplissement avait un sens qui durait encore par la suite. C’est terminé, les prophéties ont été toutes accomplies concernant la première venue de Jésus, c’est ce que Jean voulait souligner.

Les grecs ne conçoivent pas le temps de la même manière que nous et c’est l’erreur que plusieurs commettent. Les grecs emploient les temps en fonction de L’EMPHASE qu’ils désirent mettre dans leur discours, c’est l’aspect qui leur importe, tandis que nous latins, avons une FIXATION sur le TEMPS. Alors quand on étudie attentivement le grec, on s’aperçoit que cela ne fait aucun sens d’interpréter les temps grecs comme en français. Un présent en grec doit parfois être traduit au passé et un passé être traduit au présent ! Tout dépend du contexte et de l’intention du l’auteur et de son style littéraire.

Il me vient à la pensée une autre réflexion pour nous aider à comprendre la manière que le cerveau des auteurs bibliques traitaient les verbes. Ce n’est pas que les grecs n’avaient pas de notion du temps, le temps futur existe en grec et à le même sens que pour nous. Ce sont les autres temps qui ne correspondent pas à notre façon d’évaluer une action ou un état. Les grecs sont plus proches des hébreux en ce sens. Ces derniers analysent aussi les événements encore plus de manière relationnelle que temporelle. Par exemple, quand les latins pensent à la vie éternelle, l’idée qui s’impose c’est que ça va durer très très longtemps. Dans la pensée grecque et sémite, la notion de temps est présente aussi mais ce n’est pas la notion de temps qui prime, c’est la qualité de la relation. On le voit avec ce que Jésus dit dans Jean 17:3 La vie éternelle, c’est de te CONNAÎTRE, toi le seul vrai Dieu… il ne l’a pas défini en disant : La vie éternelle, c’est de vivre pour toujours, même si cela est vrai aussi.

mai 9, 2022

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